Pouncer ou Touiter ?
J'en connais qui vont se gausser en lisant ce post, mais bon, tant pis. Je dis toujours que le problème n'est pas dans le media, il est dans le message
. Ça pourrait faire une belle phrase de conclusion, ça. Bon, donc, je la copie-collerai dans la fin de cet article, ça fera pas de mal.
Le phénomène de micro-blogging a émergé il y a quelques temps (en 2006), et je constatais avec un peu de circonspection l'engouement de certains adeptes qui se sont précipités vers ce "nouveau média".
Twitter, le premier arrivé sur le "marché", permet de poster des micro-notes - du genre "Le Plébéien Bleu il n'arrivera jamais à faire aussi court que ça" - à taille maximale autorisée, appelée "statut" (en anglais "status"). Rajoutons une pincée de "social networks" : on peut intégrer le flot de "status" de ses amis dans le sien, et tout ça fait un flot continu de mini-messages plus ou moins publics, plus ou moins intéressants (tout est relatif : ce qu'on considère comme une information peut être considéré comme inutile par le voisin), mais tous limités à 140 caractères.
Un peu moins d'un an après, la communauté Pythonno-Djangoïde (oui, le système est écrit en Django) a vu l'émergence d'un service appelé Pownce, présentant en surface à peu près les mêmes fonctionnalités - poster des messages, collectionner ses contacts/amis et leur faire partager des "notes" (c'est le terme choisi par Pownce). Ces notes ne sont pas limitées en taille.
La grande différence entre Twitter et Pownce ne réside pas vraiment dans la limitation du nombre de caractères d'un message... En fait, des différences, il y en a plein. Et c'est cet ensemble qui m'a convaincu d'en choisir un plutôt que l'autre pour commencer ma carrière de micro-blogueur.
Plateforme, langage, architecture
Languages, libraries and frameworks don't scale. Architectures do. -- Cal Henderson
[ via ]
Twitter est écrit en Ruby on Rails. Ce framework a permis de développer rapidement une plateforme simple et efficace. A bien regarder, on a deux modèles de données à traiter : les utilisateurs (et les différentes relations que les contacts peuvent entretenir entre eux) et les messages (status). Passé un certain nombre d'instances des premiers, on peut se douter que le nombre des autres entités va croître. D'où certaines lenteurs et autres plantages réguliers du site... Ce genre de choses donne lieu à des râleries ou des moqueries, selon l'importance qu'on donne à la chose. Lire à ce propos l'excellente présentation sur les entêtes HTTP par Stuart Langridge. Le sujet peut paraître aride, il n'en est rien sous la baguette de ce vieux Aquarius. Toujours est-il que les concepteurs de Twitter songent sérieusement à réécrire le système "from scratch" en PHP ou Java. Impossible de savoir si cela va avoir des répercussions positives sur les performances.
Pownce est écrit en Django. Si le site ne plante quasiment pas (du moins, à ce que j'ai vu), il est très lent. Vraiment. J'imagine qu'avec suffisamment de pognon, l'équipe de développement pourrait se payer de plus gros tuyaux, et de plus gros processeurs.
Statuts vs. Notes (etc).
Si Twitter joue dans l'hyper simplicité (et donc, efficacité) : on ne poste que des messages textuels de 140 caractères, Pownce n'offre pas de limite dans la taille des messages.
Évidemment, Pownce n'aura pas pour vocation à être une plateforme de blog à proprement parler, mais la limite de 140 caractères gêne un peu les francophones. En anglais, les mots de quatre lettres pullulent, en français, le texte sera habituellement 20% plus long. Un autre défaut de Twitter sur son imprononçable concurrent, quand un Twitterien veut faire partager un lien à son public, il doit nécessairement passer par un décapiteur d'URL du genre Tinyurl ou linkpot. Sympa, mais pas top. On clique "en aveugle" sur une URL dont on ne sait rien. Un coup à se faire Rickroller ou pire, tomber sur un site qui peut te faire mourir de honte si tu n'as pas assez de promptitude pour fermer ton navigateur au moment où ton chef a la mauvaise idée de regarder par-dessus ton épaule. C'est con, parce que l'ensemble du web est en train de basculer d'une url pas cool avec des ?id=1234&toto=truc à des cool URI optimisées pour le référencement, avec des vrais mots dedans. D'un autre côté, la contrainte peut être intéressante. La contrainte oblige à faire dans la concision (le contraire du présent article, par exemple). C'est un exercice de style, un genre d'appel à l'OuLiPo. On compte de nombreux Twitteriens qui se forcent à ne poster que des Haïkus, par exemple. Ça peut être drôle.
Pour Pownce, si la "Note" est l'élément le plus directement utilisé, on peut également envoyer à son entourage un lien (l'URL est stockée à part, donc, plus besoin de zipper l'adresse), une invitation à un événement (dont on peut préciser le lieu, la date et l'heure, ainsi qu'un descriptif) ou mieux encore : un fichier. Oui. On peut partager un fichier, qui sera téléchargeable depuis son profil.
Et si le lien est une image, miracle : l'image apparaît dans la page Pownce, en petit. Et si le lien est une vidéo sur Youtube, le lecteur apparaît. Youpi ! Très pratique pour bien indiquer ce qu'est le lien. On n'est pas noyé par un tinyurl imbittable. On sait ce sur quoi on clique et on en a même une idée très précise avant de cliquer.
Copaings!
Les deux systèmes permettent la gestion de contacts. Si Twitter gère les choses de manière simple, voire simpliste (un contact est un contact), Pownce permet la gestion de groupes de contacts. On a donc la possibilité de grouper les gens par catégories. Pour ma part, j'ai opté pour un groupe "french", par exemple.
Twitter a de ce point de vue un avantage indéniable : premier arrivé, premier servi. C'est donc bien sur ce réseau que "tout le monde" se retrouve. Quand je dis, "tout le monde", c'est bien tout le monde, y compris les projets informatiques, les présidentiables américains ou les sondes spatiales basées sur Mars.
Par conséquent, il est plus facile d'avoir toutes les mises à jour de statuts des potes là où ils se trouvent. Et il serait difficile d'établir un réseau "social" si on est tout seul sur son rocher. Dont acte. Ce qui joue là, c'est l'effet "MSN". Beaucoup d'internautes sont venus à la messagerie instantanée via MSN, parce que MSN était installé par défaut sur des PC qui par défaut étaient équipés d'un Windows pré-installé. Du coup, "tout le monde" est sur MSN, alors qu'il y a beaucoup à redire sur le programme client ou sur ses services... plantages, virus, spam, et toute la clique. Un réseau "à la jabber", ouvert, décentralisé, libre aurait mieux valu pour tout le monde.
Bref.
En revanche, si Twitter gagne sur la quantité, Pownce a ze killer feature. On peut choisir le ou les destinataires. Parce qu'on peut créer des groupes, on peut adresser une note/lien/événement/fichier en privé à un contact particulier, ou à un groupe d'individu. Ce qui me permet, par exemple, d'adresser toutes mes notes en Français à mes contacts francophones. Tadum kshhh. Et c'est évident : peut-être que ma mère (si un jour elle débarque sur Pownce) n'a pas besoin de cliquer sur un lien vers la doc d'une API en Python, et de même, mes contacts outre-manche ne sauront sûrement pas décoder un message en français annonçant que je prends le train de 14:53 et que j'apporte des bocaux de confiture vides à échanger contre des pleins.
De plus, en ce qui concerne les événements, on peut même avoir la réponse des destinataires, pour savoir s'ils peuvent venir ou pas.
J'imagine très bien ce genre d'application déployée dans un intranet, ou un extranet, en entreprise. On regroupe les contacts par équipe, par projet. Les contacts peuvent être les salariés d'une entreprise, les clients, les intervenants extérieurs (par exemple, dans un un projet web : le graphiste). On partage les infos rapides (allez voir le site de démo sur demo.exemple.com
) ou les documents importants (Voici le cahier des spécifications techniques (fichier joint) - à commenter avant signature
) ou encore inviter les différents acteurs d'un projet à une réunion (le module événement) - en sachant qui peut venir et qui ne peut pas.
Pownce n'est plus du micro-blogging, c'est carrément une plateforme de travail, un moyen efficace d'organiser un projet. Bref, un groupware (ah ! le graal !).
J'ai cru lire quelque part : Twitter, c'est pour envoyer des messages, Pownce, c'est partager
Ouverture, APIs
Twitter permet d'envoyer un message via son téléphone mobile. Ah ben ça en effet, Pownce ne l'a pas. Si le SMS reste un moyen de communication extrêmement utilisé, par toutes les générations (et surtout les jeunes, je présume), il n'en reste pas moins que c'est à cause de ce medium que Twitter n'autorise pas plus de 140 caractères par message. Reste que si le SMS reste en proue, je tiens le pari que l'accès au réseau internet aura bientôt rattrapé la couverture GSM, et je pense même que la 3G sera de plus en plus accessible, et que les téléphones mobiles auront rapidement un équipement 3G installé par défaut d'ici à peine quelques années, tout au plus. Alors le goulot d'étranglement SMS n'aura plus lieu d'être.
Concernant les APIs, Twitter et Pownce en proposent une tous les deux, plutôt bien documentée, et plutôt complète.
Ces jeux de fonctions et d'instructions permettent aux développeurs de créer des applications, des mashups, des widgets, des gadgets dans tous les langages de programmation de la terre permettant de se connecter aux différents services. On peut accéder à sa liste de contact, envoyer des messages, lire les messages des uns et des autres, etc. Bref. N'importe qui ou presque peut écrire son propre client vers Twitter ou Pownce. Match nul pour ça.
Pour les pythonneux, des librairies existent pour les deux services de micro-blogging.
Que choisir ?
| Critère | Pownce | |
|---|---|---|
| Plateforme | Pannes à répétition | C'est lent |
| Messages texte | 140 caractères | Illimités |
| Liens | TinyURLisés, donc illisibles | Illimités |
| Images et vidéos | Non | Intégré |
| Fichiers | Non | Oui |
| Événements | c'est du texte | Fiche détaillée, réponse permise. |
| Réseau | Y'a tout le monde | Y'a presque personne. |
| Destinataire | Tout le monde ou tous les contacts autorisés | Tout le monde, tous les contacts, un groupe de contacts, un contact en particulier. Bref, comme on veut. |
| SMS | Oui | Non |
| APIs | Oui | Oui aussi |
Comme je disais plus haut :
le problème n'est pas dans le media, il est dans le message
Mais c'est qu'il faut choisir tout de même. Je peux le dire, j'ai quand même bien anticipé le coup de feu. Ça fait déjà quelques temps que j'ai un compte Pownce, et que je développe une application en Python permettant d'accéder à Pownce en ligne de commande. Elle sera bientôt "publiable", et j'espère rapidement pouvoir rajouter un module permettant de cross-poster les messages publics vers Twitter, un peu à la manière de Thwirl. Mais Thwirl fait les choses à l'envers. À mon avis, un client Pownce peut tout faire (envoyer des messages, des liens, des fichiers, des événements) en filtrant éventuellement les destinataires, et ensuite seulement, ce client peut proposer d'envoyer le même élément sur Twitter, s'il respecte les critères drastiques de Twitter (taille du message + public).
A suivre, donc.
5 Juin 2008 - 23:22, par Xalior
-TTFN, Dx
6 Juin 2008 - 09:06, par Gilles
Pownce, c'est comme un petit village (PownceTown) très sympa, avec toutes les commodités top confort, une bonne ambiance mais malheureusement doté de transports en commun bridés à 20 km. Ce soir, t'as envie de te faire une bière dans ton pub favori. Tu chopes un bus qui met 20 minutes pour une distance que t'aurais fait en 5 minutes à vitesse normale. Arrivé au pub, tu retrouves toujours tes deux potes de longue date. L'ambiance est cool, t'apprécies beaucoup ces potes mais des fois t'as envie de voir plus de monde pour découvrir et partager plus de trucs.
Tes autres potes habitent dans une autre ville (TwitterCity) plus rustre, bien moins confortable mais très "hype", dynamique et très peuplée. Ils te vannent tout le temps avec leur "alors , toujours dans ton trou perdu ? et tu deviens quoi ? ça fait longtemps qu'on a plus eu de news". Bref, t'as l'impression d'être à l'écart, de vivre sur Mars.
Certains habitants de PownceTown, qui ne supportaient plus d'être un peu trop isolés, passent leurs matinées à PownceTown et leurs après-midi à TwitterCity (ce sont les Twittpowncers). Ils racontent les mêmes histoires deux fois, achètent les journaux locaux des deux villes, posent les mêmes questions deux fois, donnent les même news deux fois. Ils sont ainsi plus aware mais c'est un peu fatiguant et incohérent de tout faire deux fois. Même en utilisant un dictaphone de marque Twhirl ou autre pour gagner du temps.
Le problème de TwitterCity, c'est la centrale électrique. Elle pète souvent. Ca immobilise la ville. On ne peut plus rien faire. Mais on s'y fait. De plus, il y a la loi des 140 caractères. Difficile de vraiment discuter en employant moins de 140 caractères. Mais c'est comme ça, c'est la loi. De ce fait, à TwitterCity, les conversations vont toujours à l'essentiel. Le plus condensé possible. Parfois c'est bien, parfois c'est chiant.
Et puis à TwitterCity, l'échange d'objets n'est pas autorisé. Tu ne peux pas apporter avec toi ton APN pour montrer la photo que tu as pris de Stallman ivre mort dansant le french cancan ou ton baladeur MP3 pour faire écouter à tes potes la dernière chanson de Corbier du Club Dorothée. Tu peux échanger des trucs, oui, mais en leur donnant l'adresse pour qu'ils aillent voir eux-même. Et comme les adresses, en général, sont assez longues, ça entre en contradiction avec la loi des 140 caractères et tu dois passer par un broyeur d'adresse qui rend ton adresse méconnaissable. Bref, à la longue, c'est lourd.
Choisir entre PownceTown et TwitterCity, c'est pas simple. Y'a du bon et du mauvais, des plus et des moins, des avantages et des inconvénients des deux côtés. Devenir Twittpowncer, aka TwiceMan, mouais... Ou alors, aller à TwitterCity quand y'a besoin de communiquer rapidement ou PownceTown quand y'a besoin de vraiment discuter ou d'échanger divers objets. Complémentarité ? Mouais. Difficile.
6 Juin 2008 - 09:23, par Prax
6 Juin 2008 - 09:55, par slowalie
6 Juin 2008 - 09:57, par Pierre
J'ai beau être émerveillé par toutes les possibilités du Web, je n'ai toujours pas compris l'intérêt de Twitter ou de Pownce.
Bon, déjà, ça commence mal pour moi, le proxy de mon boulot est à peu près aussi efficace que celui de la Corée du Nord, donc je n'ai accès ni à Twitter, ni à Pownce.
Ensuite, et c'est aussi le reproche que je fais à Facebook : mais qu'est-ce que ça apporte de plus que les e-mails ?!
Avec un bon client mail, tu peux envoyer des fichiers, des liens (illimités), des messages (illimités), tu peux créer des groupes dans ta liste de contact qui te permettent d'envoyer un message uniquement à un groupe particulier (j'envoie les photos du week-end au groupe "famille" et basta).
En plus, avec l'émergence du Web mobile, tu peux consulter tes e-mails sur téléphone portable (c'est ce que je fais avec mon compte GMail de temps en temps).
Alors, c'est quoi l'intérêt des services de micro-machin ?
N'empêche, je crois qu'il existe encore mieux que Twitter niveau concision, ça s'appelle Adocu, et c'est limité à... un mot. Joie.
6 Juin 2008 - 12:10, par No'
Manque le côté : je blogue pour le public tout entier. Comme sur un blog classique, mais de manière plus concise.
6 Juin 2008 - 13:36, par Pierre
M'enfin bon... je suis pas assez technocrate, je crois :)
6 Juin 2008 - 23:16, par Naji
7 Juin 2008 - 22:49, par eLR!C
Mieux / mois bien : à vous de juger ...