Spring is hate...

24/03/2014

J'ai (bientôt) 10 ans

24 mar 2014 - 22:10

Je Hais le Printemps fêtera ses 10 ans (oui, déjà) le 19 avril prochain. Dans un peu moins d'un mois, ce site aura passé sa dizaine, malgré les pollens et les giboulées, les coups durs et les spams sur commentaire.

Qu'il est loin le temps où je balançais une demi-douzaine d'articles par jour - et parfois par nuit. Et puis j'ai été en couple. En famille. Changements de priorité. J'essaie désormais de maintenir un rythme d'au moins un article par mois. C'est parfois contraignant, mais je tiens quand même ce faux rythme.

L'écriture, même à dose homéopathique, est un exercice dans lequel je me sens bien, qui met les idées à plat, qui offre une belle parenthèse dans le tourbillon des flux de messagerie continue.

Twitter a également occupé beaucoup d'espace en tant que canal de communication auprès de ma twittosphère. Changement de vecteur, même si le message est globalement le même : partage de liens, de rigolades, discussions, débats, commentaires, indignations, râlages, questions à la cantonnade...

Même si en 140 caractères il n'est pas facile d'obtenir la puissance "littéraire" (cough) d'une nouvelle Polar Geek, je tiens aussi à ce medium rapide et moderne. Il me permet de garder le lien avec les amis lointains, de recevoir des informations décalées, issues de réseaux en marge des canaux institutionnels.

Et il faut le dire, souvent, on se marre bien.

Ce blog a connu quelques modifications depuis sa création. Il y a 10 ans, j'avais codé en moins de 5 jours une appli, en PHP, sur-mesure. Puis j'ai eu le plaisir de le Djangoïfier, toujours avec un bricolage perso à l'ancienne, adapté à mes envies et ma vision de ce que devait être un gestionnaire de blog.

Peut-être qu'il est temps de repenser ce site. Peut-être que ça fait partie de ma crise de la quarantaine, tant qu'on y est. Ça et le voyage en Islande.

Quand je dois expliquer la partie "backend" du développement web, et les contraintes qui me font penser que cette partie doit être gérée dynamiquement, j'ai tendance à faire deux axes X et Y avec mes doigts et dire:

Cet axe, c'est la fréquence de mise à jour. L'autre axe, c'est le volume des mises à jour. Il y a fort à parier que plus on augmente la valeur des deux axes, plus il y a de chances pour que le passage par une base de données soit indispensable.

Aujourd'hui, les contenus à manipuler ne demandent pas qu'on mette en branle un serveur de bases de données... du moins pour la partie "articles".

Mais la partie foncièrement "blog" ne nécessitant plus de côté direct-live-dynamique, j'ai l'intention de le transformer en un site statique. Il sera toujours mis à jour (au moins une fois par mois, on y croit). Il existe de nombreux gestionnaires de site qui génèrent les fichiers HTML correspondants, et mon choix se porte plutôt sur Pelican.

D'abord parce qu'il est écrit en Python, par un type absolument formidable, mais aussi parce que j'ai eu l'occasion de faire mumuse avec, et que la mise en place m'a paru simple et puissamment efficace.

Il y a quand même une partie de ce blog qui nécessiterait un traitement, du dynamique, du server-side, du backend : les commentaires.

Il faut quand même le dire : les commentaires qui atterrissent actuellement dans ma base de données sont ULTRA-MAJORITAIREMENT des spams. J'ai pas fait de stats précises sur la question, mais on doit bien dépasser les centaines de milliers de spams, captés par le filtre Akismet.

À côté de ça, deux types de commentaires authentiques. Le premier concerne le dernier article. L'article le plus récent est commenté, souvent durant les premières heures de sa publication. Rarement après plus de deux jours.

Le second type de commentaire authentique ressemble au lointain écho du big-bang, le bruit de fond de l'Univers. Des remarques sur le fait que l'article pointe vers un lien "404", que les informations sont obsolètes. Ou parfois, un "c'était vraiment très intéressant", qui n'apporte pas grand-chose au débat.

J'ai eu beau me creuser, je n'ai pas trouvé de moyen fiable de gérer des commentaires sur un site statique sans faire appel à un service tiers. Il existe Disqus, ou Discourse, par exemple. Mais je suis pas hyper enthousiaste à l'idée de donner à un service tiers les données de mon site (même si Discourse est libre, ce qui est un point non négligeable). Les données (le contenu des messages, profils utilisateurs) des visiteurs de Je Hais Le Printemps. D'un autre côté, on résout quand même assez facilement les problématiques liées au spam.

Je sais que David expérimente avec plus ou moins de satisfaction le commentaire via email. Mais l'étape d'inscription à la liste de diffusion + la validation de l'adresse est un frein non négligeable.

L'idée générale derrière le commentaire, c'est qu'il est l'essence de l'interaction : une faute sur l'article, une imprécision, une idée nouvelle, un rebond, une blagounette, un lien vers un complément... ça marche, ça. C'est ça qui fait la vie du site. S'il n'est que la métaphore de "moi debout sur une caisse avec un porte-voix déclamant ma Vérité au Monde", quel intérêt ?

Alors il y a plusieurs possibilités :

  • Utiliser un service tiers (Disqus ou Discourse), mais perdre en "vie privée",
  • Utiliser un service fabriqué avec mes petits doigts (mais avec la plaie de devoir gérer le filtre anti-spam moi-même, youpi),
  • Carrément fermer les commentaires (et laisser aux lecteurs d'autres moyens de communication - e-mail, twitter, cartes postales - forcément moins rapides et directs).

Il va falloir que je fasse rapidement un choix. La 3ème version de JHLP est prévue le 19 avril prochain.


19/02/2014

Markdown, Markdown Everywhere

19 fév 2014 - 22:16

Le web, c'est essentiellement du texte. Quasiment tout est fondé sur un échange de messages en mode texte, de la demande d'une URL à un serveur, de la réponse renvoyée au format HTML en passant par les feuilles de style, le Javascript, etc. Quand on envoie un formulaire sur un site, c'est également du texte qui transite au travers de la méthode POST ou GET. Et c'est encore du texte qui sous-tend cet ensemble au travers des entêtes HTTP, des codes d'erreur, etc. Les seuls contenus non-textuels seront les images et les contenus multimédia.

Pour peu qu'on soit un peu instruit dans les arcanes des normes du W3C, en gros, il suffit de savoir lire pour comprendre ce qui se passe entre un navigateur et un serveur web.

Finalement, le seul inconvénient dans tout cette textualisation, c'est qu'au moment ou Dédé Lulu va vouloir fournir du contenu dans un site internet, on va lui demander d'entrer le tout au format HTML. Dès lors qu'il aura envie de mettre quelque chose en gras ou en italique, d'insérer une image ou un lien... On sort des 26 lettres de l'alphabet et on entre dans le monde des balises HTML.

Tu <em>vois</em> ce que je <strong>veux dire ?</strong>

Dédé Lulu n'y connaît rien en HTML. Et c'est tant mieux, d'ailleurs. Le HTML, c'est des règles bizarres, une grammaire certes cohérente, mais impénétrable au profane. Et il va être difficile d'expliquer à Dédé Lulu pourquoi on ne peut pas insérer simplement un lien sans parler a, href et des chevrons qui doivent s'ouvrir ou se fermer dans l'ordre.

Alors les développeurs web, dans leur infinie bonté, ont essayé de créer des éditeurs de texte un peu plus intelligents que leurs vimacs et ont offert le What You See Is What You Get: un éditeur qui cause presque la lange de Dédé Lulu, avec des boutons pour mettre du texte en forme, insérer un lien, etc.

Et le cauchemar des développeurs, au lieu de s'arrêter, a continué.

Pour faire court, ces éditeurs sont rapidement devenus des usines à gaz, des bordels sans nom, des machines à problèmes.

Le format Markdown est d'une simplicité limpide. Il est celui qui se rapproche le plus du format texte brut, en ajoutant quelques formules magiques de premier niveau (on est très loin du balisage HTML), on peut très facilement mettre en forme un texte. Insérer une image. Ajouter des titres sur plusieurs niveaux.

Pour s'en convaincre, il suffit d'aller jeter un oeil à la documentation originelle, où John Gruber a jeté il y a bientôt 10 ans les bases d'un format qui est en passe de s'imposer comme un standard de fait pour tout document textuel.

Markdown est partout, tout autour de moi. J'écris ce post pour Je Hais Le Printemps en Markdown, format que j'ai adopté par défaut depuis plusieurs années, sauf cas exceptionnel. J'écris la documentation de mes projets en Markdown, ma documentation personnelle (sur un micro wiki perso), les jeux que j'écris, les essais, les nouvelles, les romans (non, je déconne, j'ai abandonné l'écriture de romans, mais tu vois le tableau).

Même mes présentations sont écrites selon ce formalisme minimaliste.

Son ubiquité vient de sa simplicité. Avec quelques toutes petites règles de mise en forme, n'importe qui peut produire un document Markdown qui reste lisible (ses astérisques et ses parenthèses ne gênent pas la lecture). Mais aussi et surtout : il peut être transformé en HTML extrêmement facilement. En HTML ou en tout autre format, d'ailleurs. Parce qu'il est facile à "parser" (comprendre, analyser), on arrive à générer à peu de frais du HTML valide, qu'on style comme on veut, comme on a envie.

La simplicité du balisage a une autre vertu : on économise de la place. Au lieu de se trimballer une énorme balise strong , on a juste deux astérisques. Pour les liens, c'est pareil. Pour les balises images aussi.

Bref, less is more.

Markdown est également extensible. On aura besoin de bidouillages pour monter des tableaux, rajouter des notes de bas de page, etc. Mais Dédé Lulu n'aura vraisembablement pas besoin de ces raffinements.

Markdown est partout.

C'est le format par défaut du géant Github en ce qui concerne la documentation des projets (README ou wiki). Le service Gist.io convertit un texte Markdown en HTML en utilisant un style plutôt lisible.

Pandoc, l'outil qui convertit TOUS LES FORMATS les uns vers les autres, utilise Markdown comme format en entrée par défaut.

Les commentaires du site d'entraide StackOverflow sont en Markdown.

Bientôt feu Editorially permettait la saisie de documents Markdown en ligne.

Pelican, Jekyll, Octopress... Autant de moteurs de génération de site utilisant Markdown comme format de contenu initial (la plupart sont capables d'utiliser d'autres formats, mais je gage que le plus utilisé reste Markdown).

On trouve pléthore d'éditeurs de texte orienté Markdown, sur toutes les plateformes et même en ligne.

Il n'y a guère que chez les Pythonistes que la documentation est sous format reStructuredText, principalement à cause de Sphinx. C'est vrai que ce générateur de documentation est très bien fait, mais des alternatives commencent à fleurir, à base de Markdown.

Mais... en fait, Markdown n'est pas vraiment partout. On le trouve enfoui dans les entrailles des sites internets, ou au fin fond d'une base de données. Mais si on réfléchit bien, le résultat, ce qu'on lit, ce qu'on a vraiment dans la fenêtre du navigateur, ça reste du HTML. Quoi qu'on ait écrit, si on veut que le browser web, aussi moderne qu'il soit, nous le donne à lire, il aura fallu passer par une étape de moulinage et de transformation en HTML. Et par le biais des feuilles de styles, on rendra ce contenu aussi élégant que lisible. Mais on aura perdu le fichier source, l'origine, le vrai signal primitif.

Le texte arrive, avec sa cohorte de balises encombrées. Alourdi. Apesanti.

Je propose une chose : qu'on donne la possibilité aux navigateurs web de lire directement du Markdown. Dans le browser. Sans étape de prémâchage du côté du serveur. Sans transformation avant d'être envoyé au navigateur.

Mais attention, il convient de ne pas donner à lire du Markdown. Dédé Lulu serait choqué de ne pas pouvoir cliquer sur un lien, par exemple. Mais disons que la transformation du format brut en format intelligible se ferait dans le navigateur, à la volée.

C'est pour cela que je propose qu'on invente un mimetype , un nouveau Content-Type : text/markdown.

J'y vois plusieurs avantages :

  • le navigateur pourrait mouliner le HTML et lui appliquer une feuille de style par défaut. Rien n'empêche les créatifs et designers de cette planète de nous fournir des feuilles de styles personnalisées et personnalisables. Même contenu brut au départ, mise en forme "custom". Ou pas.
  • Évidemment, la mise en page "de base" serait un peu austère. Pas de menu, pas de bandeau aux couleurs de l'éditeur du site... qu'à cela ne tienne ! rien ne nous empêche de fournir dans les entêtes HTTP un certain nombre de gabarits HTML que le navigateur peut aller piocher, pour l'intégrer aux contenus. Double avantage : une fois le gabarit téléchargé, il peut être mise en cache et réutilisé pour les autres pages du site qui l'utilisent.
  • moins de bande passante entre le client et le serveur. En fonction de la complexité du document, on pourrait économiser une bande passante assez considérable. Imagine deux secondes les gains entre les serveurs de Wikipedia et les navigateurs si on virait les balises de rendu HTML pour se concentrer sur le contenu. Et uniquement le contenu.
  • Les auteurs de contenu n'auront pas à se faire suer à rédiger selon un format qui devra être remâché par l'équipe d'intégration ou par l'outil de gestion de contenu. Apprendre à écrire du Markdown est à la portée de n'importe qui, et le contenu rédigé peut être directement utilisé par le site. La tâche de la rédaction est facilitée.

Je n'ai aucune idée de la faisabilité de ce rêve.

Mais j'ai très très envie qu'il devienne une réalité.

Qui est prêt à m'aider ?


19/01/2014

Une liste, et après ?

19 jan 2014 - 21:59

Tariq Krim, au CV impressionnant, a publié récemment un article sur medium.com, intitulé “La french touch du code” et sous-titré “Cartographie des talents du numérique”. On passera sur le fait que Tariq Krim utilise un service 100% U.S. pour publier une ode destinée à vanter les mérites des ouvriers français du code.

Dans cet article, il relate sa mission auprès de la ministre Fleur Pellerin, destinée à établir une cartographie des talents du numérique. Ce que je trouve de très positif, c’est qu’il adresse un éloge aux développeurs. Les laissés pour compte de l’industrie, la chair à canon des SSII , la plèbe dont l’ensemble des acteurs du numérique dépend, et qui est souvent exploitée jusqu’à la dernière synapse, jusqu’au dernier neurone.

Je pèse mes mots, c’est réellement un point sur lequel peu de critiques ont appuyé, et il faut remercier Tariq Krim d’avoir rendu à César ce qui appartient aux développeurs. Dans notre domaine comme dans d’autres on laisse les prolétaires au fond du sac, et on chante les louanges de Steve Jobs, Bill Gates ou d’autres têtes de gondole, sans penser à quel point ceux qui ont effectivement fait quelque chose en faisant turbiner leur cervelle sont ceux qu’il faut remercier. L’informatique, c’est l’utilisation forcenée de temps de cerveau, celui des développeurs et ingénieurs du monde, ceux qui fabriquent les briques et qui assemblent ces bouts de ligne pour faire en sorte que cette satanée babasse réponde “hello world” quand on lui demande.

On a tendance à valoriser celui qui a eu l’idée, mais c’est absolument indéniable qu’il faudrait aussi récompenser celui qui a réalisé l’idée, qui l’a concrétisée.

Mais au lieu de se contenter de redorer le blason des développeurs, Tariq Krim pousse le bouchon... Il a décidé de dresser une liste. la liste de Tariq est devenue depuis un horrible sujet de conversation.

J’ai proposé à la ministre et son cabinet, qui l’ont accepté, d’entreprendre dans le cadre de la mission qui m’a été confiée le premier recensement des développeurs français les plus marquants. J’ai constitué une première liste de 100 personnes : la fine fleur de nos talents numériques.

Et là, comme on dit dans les milieux autorisés, c’est le facepalm. Le drame. L’horrible monstre poilu dresse son groin et pousse son hurlement : “TTTTTTRRRRRROOOOOOOOOOLLLLLLL”.

À la première lecture, j’ai pensé que c’était stupide. Dresser une liste des 100 développeurs les plus marquants, pour quoi faire ? Et après ?

Et après ?

Quelques heures après, le feu avait pris de toutes parts... NiKo, David entre la colère et l’ironie, Antoine fait parler ses tripes et Frédéric Hardy nous narrait l’histoire d’un développeur appelé Jean-Kévin.

Personnellement, je continue de m’interroger. Une liste, et après ? Peu importe en ce qui me concerne qui s’y trouvera (ou qui ne s’y trouvera pas). En quoi cette liste va nous interpeller ? En quoi va-t-on se coucher moins con ? Imaginons que le niveau général des développeurs français soit minable. Lamentable, abyssal, pré-décadent. Imaginons qu’il y ait plus de 100 développeurs français. On pourrait dresser la liste des 100 développeurs les plus marquants. Et après ? Ils seraient la crème de la crème dans un océan de médiocrité.

Imaginons qu’au contraire le niveau soit d’une telle excellence qu’elle éblouirait n’importe qui, même le plus grand génie du siècle passé ou à venir. Imaginons qu’il y ait plus de 100 développeurs français. On pourrait dresser la liste des 100 développeurs les plus marquants. Et après ? Ils seraient la crème de la crème dans un océan de perfection.

Le niveau des développeurs français n’est ni minable, ni atomiquement stupéfiant. Il y a de tout. Des bons, des moins bons, des beaux et des moches. Des gens incapables de communiquer, et incapables d’avoir une idée, de pondre du code propre. Des gens qui copient-collent sans comprendre. Des gens qui n’ont aucune curiosité, qui osent se remettre en question, réfléchir à leur pratique et leurs (mauvaises) habitudes. Et puis il y a des petits génies. Ils vont vite, il font des trucs propres et réalisent des prouesses. Implémentent des solutions à des problèmes qu’on pensait insolubles, insondables.

Mais où sont-ils ? Sont-ils connus ? Il existe peut-être “sous le radar”, une foule de petites mains qui subliment l’art de la programmation. Mais nous ne les connaissons pas. Peut-être ne les connaîtrons-nous jamais. Ils travaillent dans une boîte qui ne communique jamais, sur rien. Qui les sous-emploie. Il y a des patrons qui ne connaissent pas leur chance, et qui réduisent les motivations et les envies de leurs employés à des portions congrues, et leur donnent des tâches ingrates. On leur demande de déménager les pianos, alors qu’ils rêvent d’en jouer.

Ils ne seront jamais sur la liste, pourtant. Et après ?

Les développeurs de la liste de Tariq sont ceux qu’il connaît et dont certaines de ses connaissances ont entendu parler. Ou bien ils ont entendu parler de leurs réalisations. Quelqu’un aura eu une idée. Et associée à cette idée, un développeur ou une équipe de développeurs aura travaillé de manière acharnée pour l’implémenter avec succès. Qui mettre sur la liste ? le Lead Dev ? le petit malin qui a eu l’idée ? le chef de projet ? toute l’équipe ? Qui mérite le plus ?

Et après ?

Qu’arrivera-t-il à ces 100 développeurs ? Vont-ils pouvoir arborer un certificat et aller demander une augmentation à leur patron ? Vont-ils avoir un passe permanent pour toutes les conférences à venir ? Qu’adviendra-t-il de leurs erreurs ? Leurs bugs vont-ils s’évanouir et disparaître dans /dev/null ? Auront-ils d’un coup sûr la science infuse ? Pourront-ils lever des fonds pour financer leurs idées révolutionnaires, qui, à coup sûr pourront faire avancer le domaine informatique d’un pas de géant ? Ils seront sur la liste. Et après ?

Et après ???

Qu’arrivera-t-il demain ? Un petit génie sortira bien un jour ou l’autre d’une de nos brillantes écoles d’ingénieur, un qui pourrait justement rivaliser avec la centurie de Tariq Krim. Que peut-il lui arriver ? Va-t-on lui nier toute crédibilité parce qu’il n’aura jamais été adoubé sur la liste ? Est-ce qu’il y a une liste d’attente pour la liste ? Comment ça se passera s’il se trouve effectivement que ce petit génie est plus brillant que ses augustes aînés ? Faut-il déloger un des 100 pour l’y mettre à sa place ? Ou attendre qu’il meure, comme à l’Académie ? Et qu’il présente sa candidature ?

Alors on ne peut certes pas empêcher Tariq Krim de dresser sa liste. On peut même difficilement lui en vouloir, sauf si on n’y est pas et qu’on crève de jalousie.

Mais si j’étais un des glorieux soldats de cette illustre liste, je me poserai la question.

Et après ?


23/12/2013

Hasessdézy 1ère partie

23 déc 2013 - 16:34

C'est l'oiseau du matin qui m'a réveillé. J'avais passé la nuit en bordure de caverne, juste devant le foyer qui fumait encore à peine. Les loups avaient tendance à un peu trop s'approcher en ce moment, et comme Archem avait eu notre petit dernier il y a 4 lunes de cela, ça me rendait un peu nerveux d'imaginer leurs grands crocs déchirer notre fils pendant la nuit.

Après avoir remis un peu de petit bois pour faire reprendre le feu, je me préparais à aller au travail. Cela faisait maintenant six saisons que j'étais préposé à la sagaïe dans le clan Hasessdézy, et ma foi ça ne se passait pas trop mal. Le chef de clan ne comprenait rien à rien, et surtout pas la chasse, mais malgré son incompétence, nous avions eu quelques succès, notamment ce couple de mammouth qui nous était tombé dans les bras récemment. Toute la région en avait parlé, et notre troupe de chasseurs avait gagné une grande renommée.

On s'était juste pris un savon monumental par notre chef, qui ne nous avait commandé qu'un seul mammouth, et il avait fallu négocier âprement avant de lui faire comprendre que ces deux bêtes-là pourraient nourrir notre clan et les hordes alentours pendant au moins deux lunes.

Avant de partir, je vérifiais que ma peau de bête était bien ajustée, sans trop de poussières et de brindilles accrochées dedans, et Archem me fit bien les recommendations d'usage :

- Echoum, n'oublie pas de nous prendre quelques baies en passant... les beaux quartiers de viande, ça va un moment, mais ce serait bien mieux pour notre famille si nous pouvions varier un peu le menu.

Je me retins de soupirer une fois de plus. Cette manie qu'elle avait de vouloir absolument un régime omnivore... Mais je me dis que ça ne nous ferait peut-être pas trop de mal de manger quelques fruits.

À mon arrivée au travail, c'est Onki qui fut le premier à me saluer. Il se trouvait juste à côté de la pierre creuse, dans laquelle les femmes avaient préparé de l'eau-marron. Même si ce n'était qu'un cueilleur, nous avions plutôt de bons rapports. Évidemment, c'était un peu la bonne planque pour lui, on se faisait rarement dévorer par un arbre fruitier. Mais cueilleur, ce n'était pas un métier pour moi. Ça manquait de prestige et d'adrénaline.

- Alors Onki, toujours aussi matinal ?...
- À ce que tu vois, oui, Echoum. Comment va ta famille ? Le petit dernier est toujours en vie ?
- Oui, toujours. Je crois qu'il vivra plus longtemps que ses frères, celui-ci. Et toi ?
- Ah, ne m'en parle pas. Tinaï n'arrête pas de me harceler pour qu'on fasse un nouvel enfant. Elle veut absolument me donner un fils... Mais ma caverne est si mal placée.. On dirait que tous les prédateurs connaissent l'adresse et se donnent rendez-vous pour dévorer nos enfants. Je ne suis pas sûr d'avoir envie d'enterrer encore un de nos enfants.
- Je te comprends. Sinon, quelles nouvelles du département des Cueilleurs ?
- Oh ben malgré la météo, la récolte est assez bonne. On est largement au-dessus des prévisions. Et vous ?
- Ah. Ça, le gibier, pas facile à prévoir. Il se cache en ce moment, on a beaucoup de mal. Et puis, tu sais... Dongi...
- Ah, oui, "Dongi"... Toujours aussi... euh... maladroit ?
- C'est un euphémisme. Tiens, voilà Ozem. Bonjour cousin !
- Bonjour Echoum, bonjour Onki. Tes sagaies sont prêtes ? Dongi veut absolument qu'on parte aujourd'hui en chasse dans les territoires de l'Est.
- Quoi ? Quoi ? Il nous refait le coup de la prophétie de la cascade ?
- Tout juste. Allez, dépêche-toi de boire ton eau-marron, on file en réunion.

Ah. La Réunion. Une mer de mots pleins de symboles incompréhensibles, de galimatias de théories fumeuses sur la position du soleil et de la lune, sur le sens du vent et la taille des brins d'herbe, Dongi nous assommait littéralement pendant ces réunions. Lui qui ne quittait jamais le sol rocailleux de la grotte des Hasessdézy, il nous expliquait quand, comment et surtout pourquoi nous devions aller chasser une antilope dans tel territoire, et maintenant.

La réalité du terrain ? Aucun intérêt pour lui, qui n'était ni bon à la chasse, ni même à la cueillette (une blague circulait dans nos rangs racontant comment il avait failli s'empoisonner la seule fois où il avait cueilli une baie). Alors comme il ne savait rien faire, il était devenu notre chef.

Dongi était déjà surexcité quand nous sommes arrivés près de sa paroi du Point-Pouvoir.

Il avait dû passer la nuit à dessiner sur son mur des schémas de chasse à la stratégie plus que douteuse. Malgré les tremblements de la torche, j'arrivais à distinguer notre prochaine cible : un troupeau de gazelles. Dongi avait décrit dans le détail notre approche par un premier tableau dans lequel les rabatteurs décrivaient un grand arc de cercle et poussaient les gazelles vers la falaise.

Il avait ensuite apposé sa main en repliant deux doigts pour qu'on comprenne qu'il ne fallait ramener que trois gazelles. Il voyait large. Ces gazelles couraient vite et longtemps et même si elles étaient prises au piège, nous n'étions pas forcément assez nombreux pour arriver à en prendre trois d'un coup.

- Trois gazelles, voilà votre objectifs, ceux que la Cascade m'a annoncé. J'ai écouté son chant, son flot m'a indiqué que les gazelles étaient à l'Est, et que nos valeureux chasseurs devaient faire route vers la falaise pour précipiter les bêtes. La Lune vous protège et le grognement du Sanglier Céleste barrera la route aux prédateurs.

C'était le genre de débilités qu'on avait l'habitude d'entendre pendant ses fameuses réunions. Une stratégie foireuse compte-tenu des effectifs, un objectif impossible à atteindre (ce qui lui donnera l'occasion de se défouler sur nous si nous échouons - et nous échouerons) et un blabla cosmique que même un Shaman des Montagnes n'aurait pas osé déblatérer.

Une voix s'éleva quand même (je reconnus Ozim, un autre de mes cousins) :

- Euh... Chef Vénéré... il me semble que les éclaireurs ne sont pas rentrés pour nous signaler ce fameux troupeau de gaz...
- Silence ! Silence ! Vermisseau ! Que sont les yeux des éclaireurs quand la Cascade nous a parlé ? Que peuvent-ils voir alors que la Cascade nous a tout indiqué : le lieu, la stratégie, les proies ?
- C'est que... je ne peux m'empêcher de penser à la dernière fois quand la Cascade nous avait indiqué un troupeau de Mammouth et que nous n'étions revenus qu'avec une famille de lapins, alors...
- Je n'ai que faire de vos sarcasmes ! Si la prophétie de la Cascade n'avait pas été accomplie, c'est que nous avions dans nos rangs des blasphémateurs dans ton genre. Si tu ne crois pas en la Cascade, tu peux tout simplement partir, quitter Hasessdézy et aller chasser comme bon te semble.

Ozim haussa les épaules. Il en avait eu plus qu'assez, alors il prit ses sagaies et tourna les talons.

- On verra si tu ne reviendras pas en rampant, comme les autres, affamé et suppliant de revenir. Comment un chasseur comme toi, seul peut espérer nourrir sa famille ? Des lapins ? Des moineaux ? Quelques baies et des racines. Voilà ce que tu mérites, voilà ce qu'il mérite, celui qui blasphème la Cascade.

Nous n'étions déjà pas assez nombreux. Je vis d'un assez mauvais oeil le départ d'Ozim. La mission de Dongi était vouée à l'échec.


Au retour de la chasse, seul trois lanceurs de sagaie et deux rabatteurs revinrent. Huit d'entre nous avaient péri. En effet, il y avait bien quelques gazelles dans le territoire décrit... Mais extrêmement loin de la falaise. À force de cris et de gesticulations, nous avions tout de même réussi à en isoler quelques-unes au bord du précipice... Mais nos cris avaient également attiré une meute de loups qui ont profité de l'occasion. Nous pensions devoir être ceux qui acculaient le gibier au bord de la falaise, et c'est nous qui sommes devenus gibiers, coupés de toute retraite, avec le vide derrière nous.

Ce fut la panique totale ; entre les gazelles qui couraient et sautaient dans tous les sens (y compris dans le gouffre, sur ce point Dongi avait presque réussi sa stratégie) ; nos rabatteurs qui eux aussi essayaient tant bien que mal de fuir les loups et nous, qui devions à la fois sauver nos vies, celles des rabatteurs et essayer au passage de planter une sagaie dans une gazelle, histoire de ne pas rentrer les mains vides.

Une calamité. Je commençais à envier Ozim qui n'avait pas hésité à prendre la fuite et aller voir ailleurs si le gibier n'était pas plus tendre.

Mais comment faire ? Sous sa chevelure hirsute, Dongi avait parfois la sagesse de voir juste : un chasseur seul n'est rien. C'est la meute des chasseurs, correctement organisée qui ramènera du gibier. Même si son délire de Cascade qui parle semble incroyable, il faut se faire une raison : Hasessdézy est le seul moyen pour moi de me nourrir avec ma famille. J'ai des enfants, dont un petit qui ne saura pas marcher avant plusieurs saisons. Je ne peux pas lâcher mon travail.

Dès le lendemain, nous eûmes une réunion des plus cruciales. Ambiance désespérée, de longs sanglots envoyés en direction de nos disparus, des paroles vides de sens que je n'ai pas eu le courage d'écouter.

Et à la surprise de tous, Dongi prit la parole de la manière suivante :

- La chasse ne peut pas s'arrêter ainsi. Nous allons prendre notre courage à deux mains et nous relever. Nous ne sommes pas des homnidés pour rien. Nous sommes au sommet de l'arbre de l'évolution, nous sommes les plus grands super-prédateurs de notre temps. Grâce à notre astuce, grâce à notre courage et grâce aux paroles de la Cascade, nous saurons nous sortir de ce faux-pas.

Stupéfactions.

- J'ai beaucoup réfléchi la nuit dernière, et j'ai échafaudé un plan.

Grimaces.

- C'est assez simple, il nous suffit de faire un plan de restructuration. Nous allons transférer des éléments du département cueillette pour aller aider les chasseurs. Pendant ce temps, nous allons recruter des jeunes pour les former à nos différents métier, et peu à peu combler les manques dans notre organisation.

Nous étions à l'agonie.

C'est ainsi que commença le Temps des Stagiaires.

Fin de la première partie


29/11/2013

Un calendrier de l'avent de calendriers

29 nov 2013 - 22:10

Les plus perspicaces d'entre vous l'auront remarqué, j'ai démarré un nouveau projet récemment, hébergé sur Github. Avec la gentille permission de mes chefs, ce projet est open-source et à peu près n'importe qui est susceptible de contribuer et m'aider. Et si je dis que tout le monde y est convié, c'est aussi parce que ce projet peut concerner tout le monde.

Mais laisse-moi t'expliquer l'idée derrière ce projet : pour une application (construite à partir du fantastimagique framework Django) développée dans le cadre de mon travail, nous avions besoin d'une bibliothèque pour calculer des dates. Mais pas uniquement des dates calendaires, mais des dates qui prenaient en compte les jours ouvrés / fériés, les weekends, etc (et pour le moment, les dates françaises, essentiellement, mais pas que).

J'ai fait quelques recherches, et hormis un projet très intéressant appelé sobrement holidays, je n'ai pas vraiment trouvé de bibliothèque qui me convenait. D'autres bibliothèques ne se concentraient que sur un seul pays et ne permettaient pas de composer de variantes.

Donc voici... Workalendar. Workalendar est une bibliothèque Python, publiée sous licence MIT.

Workalendar fournit :

  • un jeu de classes Calendar pour définir les jours fériés fixes (comme le 1er Janvier ou le 14 juillet),
  • des méthodes pour calculer les jours fériés variables, basés sur la date de Pâques, le calendrier lunaire ou des calculs plus spécifiques (çàd. "le 3ème lundi du mois"),
  • des méthodes pour ajouter des jours ouvrés à une date donnée, ou tester si une date est ouvrée ou fériée.

Jusqu'ici, assez peu de calendriers ont été intégrés à workalendar .

Alors voilà l'idée...

À partir du 1er Décembre jusqu'à la veille de Noël, je vais essayer d'intégrer et de publier un calendrier par jour sur le dépôt Github. Ce sera un "calendrier de l'avent de calendriers".

Bien entendu, si tu as envie que j'ajoute un Calendrier dans la bibliothèque, tu peux adresser une "issue" Github et j'essaierai de faire tout mon possible pour l'ajouter pendant la période de l'avent.

Autrement, toute sorte de contribution ou de marque de soutien sera chaudement accueillie.


30/10/2013

L'or brun

30 oct 2013 - 08:45

5kg de pure brune, origine colombie, 120 EUR le kilo. Teneur en CHNO garantie

Ce petit mot griffonné sur un post-it, suivi d'un lieu et d'une heure de rendez- vous. Ce petit rayon de bonheur qui allait illuminer un morne trimestre. Pas une seule éclaircie depuis des semaines, des mois dans mon petit trafic. Le récent coup de filet des Anti-C avait fait un sacré nettoyage par le vide. Le marché avait été complètement désintégré... Les rares survivants (y compris ma petite personne) tentaient de remonter l'activité petit à petit... mais... prudence, hein. Tout le monde craignait que les Anti-C ne nous donnent le coup de grâce.

Comment j'ai pu passer au travers des mailles ? Le bol, la chance, le coup de cul total : un décès dans la famille, à quelques centaines de kilomètres, enterrement et lecture de testament à la clé, de quoi me trouver largement trop loin pour qu'on décore mes jolis poignets de petites menottes.

Pour dire : j'avais vidé mon petit stock perso avant de partir, l'air de rien. Si j'avais voulu totalement m'innocenter, j'aurais pas fais plus exprès que ça. Enfin. Vidé. J'avais usé de mon droit à la "consommation personnelle mesurée" comme on dit dans les manuels. Pour une fois que j'avais moi aussi droit aux délices enivrantes de l'or brun...

N'empêche que. Cinq grammes par jour et par tête de pipe, c'était pas ce qu'on pouvait appeler une intoxication. Merci la prohibition, en tous cas. Elle m'avait ouvert un beau marché. Même si en ce moment.

Ça vibre dans ma poche. Sur le smartphone, la tronche de l'Impala.

- Zo ?
- Quatorze heures, au rond-point.
- Ça reprend ?
- On dirait. Faudra être prudents, faudrait pas se faire un claquage, hein ?
- On double la couverture alors. J'appelle Kerouac.

Bon vieux Ker. Pas plus beatnik que le ricain qui tapait la route, mais pur Breton par sa mère et pur beurre par son père. Son vrai blase, c'était Ker-chépaquoi mais comme on n'avait jamais réussi à le prononcer sans faire trois fautes, il était devenu Kerouac. Il n'avait pas essayé de nous en empêcher. Ça voulait sûrement dire que ça lui plaisait.

En tous cas, en mesures impériales ou du point de vue du système métrique, son quintal et demi et ses sept pieds de haut avaient des vertus apaisantes dans le milieu. Il réclamait sa part des bénéfices quand la transaction se passait bien. Normal. Mais en ces temps troublés, il valait mieux racler un peu sur les bénefs que se retrouver troué par le piolet d'un névrotos dont les synapses baignaient dans un peu trop de CHNO.

Quand je me pointe sur le lieu de rendez-vous, je ne les vois pas, ni Ker ni l'Impala. Mais je sais qu'ils sont là. J'attends les cinq minutes nécessaires à la petite descente en pression et j'entre "en scène". Le rond-point, aucun intérêt. Ce qui est amusant, c'est le tunnel piéton qui coupe par en-dessous. Pendant que ça girouette en surface, les profondeurs sont bien discrètes, sombres, un poil bruyantes, juste ce qu'il faut pour que ce soit assez désagrable. Pas envie de s'éterniser. Les deals sont rapides. Et les flics auront pas envie d'y planquer un micro ou de faire leur maraude.

Le vendeur est déjà sur place quand je sors de l'ombre. Il a un mouvement vers moi, puis il s'arrête. Ça le fait toujours avec les petits nouveaux.

- Zo ? T'es une fille ?
- Quel sens de l'observation... Ça change quoi ? Ça me donne une réduction, au moins, non ?
- Euh, ouais, non... enfin, je voulais dire, y'a pas de soucis que tu sois une fille, tu vois. C'est que... y'a pas beaucoup de nanas dans le trafic, tu vois.
- Ben j'en n'ai rien à faire de tes considérations statistiques, "tu vois". La marchandise. C'est où ?

Il sort un petit sachet de sa poche. J'allume mon petit stylo torche. La couleur a pas l'air dégueu. C'en est. J'ouvre, je goûte quelques microgrammes en me léchant le doigt. Remarquable. Si le reste de son stock est du même tonneau, ça va être facile à écouler. Surtout depuis la pénurie de ces derniers temps.

- Pas mal.
- Pas mal ? Juste "Pas mal ?". Mais c'est la meilleure C depuis la rafle !
- Ah ça c'est sûr que vous êtes si peu nombreux à avoir survécu que c'est pas difficile d'être dans le trio de tête, pas vrai ?
- Ben justement. L'offre et la demande, tu vois ? Si tu veux de la qualité comme ça, t'as pas le choix, on est hyper-bien placés sur le marché du haut de gamme, tu vois ? Alors si tu veux ma came, tu le dis ou alors on dégage, tu vois ?
- Tu en demandes beaucoup. Le marché n'est pas franchement florissant, justement.
- Hé, tu vas pas essayer de m'entuber... t'as beau être une fille, ça change que dalle. Je vends, tu achètes ou pas. J'te signale qu'on prend beaucoup de risques pour faire rentrer 5kg de Colombie. Cent-vingt le kilo, ça fait 600 EUR et personne ne marchande avec moi, tu vois ? Si tu découpes ça en petites doses, ça te fait un beau pactole, tu vois ?

Il commençait à me taper sur le nerf optique avec ses "tu vois", mais sur le fond, il avait raison, à 200%.

- Où est le reste ?
- Où est l'argent ?

Je sors ma liasse. Ses yeux s'illuminent dans le tunnel. Un second type sort de l'ombre, il a un gros sac de sport en bandoulière. Le vendeur lui fait signe de s'approcher. Il pose le sac au sol et les deux compères s'éloignent sans se retourner. J'émerge en pleine lumière. J'ai 5kg d'or noir sur moi. Je fais tout mon possible pour avoir l'air de transporter 5kg de fringues sales, mais toute cette came, ça me fait quand même trembler un petit peu.

Je kicke. Je file en souplesse. Aucune sirène, aucune voiture banalisée à l'horizon. Demain, je vais pouvoir reprendre la vente.

J'ai déjà deux bons clients en vue dans mon carnet d'adresse mental. Des durs, des vrais à qui il faut une dose massive tous les jours. Ça doit faire trois semaines qu'ils n'ont pas eu leur or brun, réserves épuisées, ils doivent être carrément aux 36ème dessous. Ils bossent dans l'informatique, si j'ai bien compris et dans ce milieu, il paraît que ça fait partie des incontournables. Sont capables de me prendre un kilo d'un coup, juste pour ne pas subir une nouvelle pénurie.

Si je me débrouille bien, rien qu'avec ces deux ingénieux ingénieurs, je peux déjà me rembourser de mes 600 EUR. Sont souvent sympas avec moi, les geeks. Il paraît qu'ils sont bons en maths. Moi tout ce que je vois c'est que dès qu'on leur approche une dose en provenance de Colombie ou de Brésil, c'est l'hystérie collective. Et alors leur machine à calculer interne elle débloque complètement. Sont capables de dépenser des sommes délirantes pour ressentir le grand frisson de la CHNO.

De retour à l'appart, L'Impala et Kerouac m'attendent patiemment. J'ai jamais compris comment ils faisaient pour me devancer en tous lieux et à tout instant.

Je les fais monter, un grand sourire aux lèvres. Je re-checke le contenu du sac. Y'a bien les cinq mille grammes. L'Impala prend sa part ; 500g. On fait quelques calculs savants et Kerouac récupère 250 EUR pour sa peine.

Mes deux anges protecteurs étaient désormais bien calés sur le canap défoncé du salon. Ils m'attendaient au tournant. Ça faisait partie du folklore des dealers de C. Je racasse trois-quatre bidules dans mon casserolier et j'exhibe ma cafetière italienne en inox et poignée de bois.

- Je sais pas ce que vous en pensez, mais je gratterai bien quelques grammes sur notre nouvelle marchandise pour faire trois bonnes tasses. Ça vous tente ?


17/10/2013

Quatre mois en télétravail

17 oct 2013 - 09:08

Cela fait donc quatre mois déjà que je travaille pour Novapost, en télétravail. Depuis ma maison (bureau ou terrasse ou véranda en fonction des conditions) ou depuis l'espace de coworking le plus proche, une fois au café, et de temps à autre en duo avec Benoît, qui habite Bayonne maintenant.

Histoire de jouer les anciens combattants, j'ai dû adresser mon premier e-mail quand j'étais à l'IUT de Bordeaux, en 1992. et mon premier e-mail vers "l'extérieur" la même année ou celle d'après (c'était - je m'en souviens encore - à l'administrateur du projet Runeberg, à propos d'une saga islandaise - oui, déjà, l'Islande).

Je suis développeur web depuis 2001. Les forums, IRC, les e-mails, les blogs et leurs commentaires, RSS, ça me connaît, hein. La communication électronique sous toutes ses formes, je maîtrise. J'suis une bête. J'suis à donf.

Que dalle.

Eh bien en télétravail, quand on s'adresse à des collègues, avec comme objectif de résoudre les problèmes qu'on nous pose, de coder, de développer, de trouver des solutions, tout ce que je croyais savoir sur le dialogue électronique n'était qu'une peau de chagrin.

J'avais sous-estimé ce que le contact face-à-face permet de transmettre autrement que les mots. Un sourire, un clin d'oeil, le ton, les mimiques du visage... Toute la communication non-verbale, tout ce qui passe difficilement par du texte brut, toutes ces choses sont le sel de la discussion.

Tu as beau rajouter des smileys, même sur IRC on peut se méprendre sur ton message. Tu peux passer à côté, en lisant en diagonale, d'un élément important.

C'est la grande leçon d'humilité du télétravail. Oui, la distance a des conséquences néfastes sur le travail et sa fluidité. Tu as beau être conscient de cette difficulté, elle est très difficile à franchir ; et le fait de l'avoir prise de haut en rajoute.

Nous faisions un point quotidien en utilisant Mumble. C'était déjà assez sympa d'entendre tout le monde tous les jours. Depuis peu, nous expérimentons une sorte de "Scrum Meeting" via Google Hangout. Même si au niveau organisation ça cafouille de temps à autre, le côté visuel de la réunion ajoute un vrai plus à ce rendez-vous quotidien.

Concernant la concentration et la focalisation, je pense que j'arrive à bien équilibrer les temps forts et les temps faibles. En revanche, je suis un peu déçu : la méthode Pomodoro a disparu de mes rituels quotidiens. Il y a eu une période de l'été où le taf était relativement intense et pratiquement impossible à diviser en périodes de 25 minutes. Sur certaines journées, je dépassais de temps à autre, puis, de plus en plus souvent, puis à la fin, le chronomètre explosait littéralement. Même si je faisais progresser le projet, il était impossible de garder la cadence du Pomodoro.

Rétrospectivement, je pense qu'il faudrait tout de même que j'essaie de m'y recoller, maintenant que cette phase du projet est derrière moi.

La petite famille a très bien compris que ma concentration était importante. Oh il y a eu quelques petites incartades (ma fille qui a débarqué dans le bureau en maillot de bain pour me demander si j'avais envie de me baigner en plein milieu d'une belle après-midi d'été), mais elles ont été très limitées et après une petite explication, la règle "porte fermée, on n'entre pas" a été bien respectée.

Bon, pour mon fils âgé de seize mois aujourd'hui, c'est un poil plus compliqué. Il tape souvent au carreau de la baie vitrée pour me faire coucou quand il est à la maison. Mais ça a un bon côté, son sourire de coquin me redonne plutôt la pêche.

Toujours est-il que malgré ces petits écueils (le présentiel a aussi ses désavantages - le stress des transports, son coût carbone, le temps passé par exemple ?), l'expérience est vraiment plaisante. Quel plaisir d'accompagner à pieds ma fille à l'école et de rentrer à la maison pour démarrer la journée au bon rythme, en ayant pris l'air. Quel confort de travailler en entendant le glouglou de ma cafetière italienne, un café en grains, moulu deux secondes avant dans ma cuisine. Quel pied de passer un moment en terrasse avec le laptop, un petit café frappé à la chaleur de l'été. Oh, s'il fait trop chaud, zou, on se rapatrie à l'ombre.

Et l'ambiance dans l'équipe est plutôt sympathique, enjouée, même si, aux dires d'un de mes collègues, "c'est une équipe d'esprits forts", donc parfois, ça débat et avec une certaine véhémence.

D'ailleurs, si l'envie te prend de vouloir venir télétravailler à la maison, y'a du wifi, du café... viens quand tu veux.


30/09/2013

Islande 2014

30 sep 2013 - 22:21

L'Islande m'obsède.

Je n'ai pas attendu qu'Eyjafjallajökull se déchaîne ou que Sigur Rós remplisse les salles de concert. Je n'ai pas attendu l'engouement pour Game of Thrones, tourné en grande partie sur l'île, ni que la plèbe polardeuse s'empare des romans d'Arnaldur Indriðason et des aventures d'Erlendur.

J'ai chopé le virus Islandais à 20 ans. Je ne sais pas quel jour, je ne sais pas après quel choc émotionnel. C'est peut-être une combinaison de la première écoute de l'album de Björk, la découverte de l'anthologie des “Sagas Islandaises” dans la collection de la Pléïade, traduite par Régis Boyer, ou une couverture du magazine Géo qui titrait sur "le feu et la glace". Le côté insulaire, sauvage, tourmenté ; la langue sans tache, qui résiste, malgré le blizzard et les éruptions volcaniques ; le peuple qui s'accroche de toutes ses forces à ce bloc improbable ; le petit cheval islandais, le seul qui, paraît-il, a conservé les quatre allures équines ; les couleurs, les chutes d'eau, la route - pardon LA route, qui file en lacets, contournant soigneusement les rochers abritant les êtres du Petit peuple ; le fait que la fête nationale tombe le jour de mon anniversaire.

J'ai au fur et à mesure de mes lectures acquis une solide connaissance de l'Islande, ses habitants et sa littérature. Connaissance théorique. Il y a vingt ans de cela, j'avais contacté une agence de voyage. J'avais même fait faire un passeport. Et puis je m'étais dégonflé.

Voyager seul, quel ennui. Même sur cette terre nécessairement solitaire.

Seulement voilà. Quand le virus te prend, il ne te lâche plus. Il revient, par vagues, cogner dans ta boîte crânienne. Encore et encore. J'ai eu beau visiter l'Écosse et l'Irlande, je n'étais pas encore assez près. Il me manquait ces grandes étendues, cet air froid piquant. De temps à autre, un nouvel Indriðason. Et ensuite, les polars de Þórarinsson. Quelques groupes de musique Islandais. Des reportages photo. Des actualités sur la crise financière et la tentative de reboot de la Constitution.

Et il y eu un coup de semonce, un qui passa plus près encore, qui aura sifflé à mes oreilles. Thomas Parisot, que j'ai eu l'heur de connaître via Sudweb et autres événements web a publié une série de photos accompagnés de récits sur son trip autour de l'Islande sur Flickr.

Et un autre, quand le frère d'une amie alla traîner ses guêtres sur l'île.

Et encore un, carnettiste du Xamango, qui enfonça le clou encore plus loin, avec vidéo et tout. Et qui y est allé plus d'une fois, le bougre...

L'an prochain, j'aurai 40 ans. Et, dussè-je y aller à la nage, j'irai.

Nous irons probablement pendant l'été 2014. Je pense tenir un journal de nos préparatifs dans la section "40".

J'ai déjà le Routard, une bonne carte. Je suis le superbe blog d'Auður, qui fourmille de détails sur Reykjavik, l'Islande et les Islandais, et l'adorable Tumblr de l'Islande (oui, l'auteur dit "je" quand c'est l'île qui parle).

I will be here tomorrow. In the middle of the ocean. Just like yesterday.

Si tu vois quoi que ce soit à ma dire : me donner conseils et encouragements, tuyaux et coins immanquables, vas-y. En privé ou sur ce blog, j'attends.


26/08/2013

Le guide de ma ville

26 aout 2013 - 12:00

C'est une idée qui, comme la plupart des idées qui ve viennent, est un rebond. Un Djangosaure basé à Montpellier m'avait interpellé sur Twitter il y a quelques jours.

visite de bayonne demain entre amis. Aurais-tu des bons conseils ttes catégories confondues ?

J'ai été un peu pris au dépourvu. J'ai chopé un plan de Bayonne et j'ai, par téléphone, essayé de donner les deux-trois idées de sorties / haltes / promenades faisables pendant une demi-journée.

Et puis j'ai réfléchi. Quand on reçoit des gens (et, crois-moi, depuis qu'on a une maison, j'ai vraiment l'impression qu'on reçoit de plus en plus de gens, de plus en plus souvent), c'est facile. On embarque dans un bus ou dans la voiture et on se balade. Je fais le guide (sans casquette) et au gré des envies, et de l'air du temps, on choisit les étapes et les haltes.

Mais que faire pour le voyageur solitaire, celui qui n'a pas l'immense chance de m'avoir avec lui ? Que faire pour ceux qui viennent dans le coin alors que nous sommes invités ailleurs ?

Alors au lieu de ne faire que me poser des questions, j'ai résolu de donner des réponses.

J'ai publié un guide de Bayonne, personnel et donc partial (et partiel).

Y'a du texte et un plan, y'en a pour tous les goûts, ceux qui veulent manger, boire un café ou se promener.

Comme indiqué, ce guide n'engage que moi et moi seul. Il me ressemble, il ressemble à la ville que j'aime.

Je ne suis ni le routard ni le michelin, et n'ai aucune intention de leur faire concurrence. J'ai sûrement passé outre certaines adresses, soit parce que je n'y ai jamais mis les pieds, soit parce qu'elles m'ont déplu. Peut-être même qu'il t'arrivera d'être déçu par mes conseils (mais j'en doute). Il y a de la place pour tous, y compris pour les conseils d'amis, ceux qu'on donne avec un clin d'œil.

Le contenu de ce site est élevé dans le Domaine Public, ainsi que le dépôt Github correspondant aux sources du site.

J'essaierai de le tenir le mieux à jour possible ; si tu as des suggestions le concernant, n'hésite pas à m'en faire part.

Rien ne t'empêche de faire la même chose pour ton chez-toi, de partager tes découvertes et tes coups de cœur. Voire même, je t'y encourage.

Et à ceux qui pensent que ce guide arrive "trop tard", je ne peux que leur conseiller de venir à Bayonne (et sur la Côte Basque) entre septembre et octobre. L'arrière-saison est le meilleur moment pour passer un week-end ou une semaine, loin des foules et de la grisaille estivale (oui, chez nous, il pleut plus l'été qu'au début de l'automne).


29/07/2013

Avec les compliments de la maison

29 jul 2013 - 00:38

Un premier service, c'est un premier service. On a beau avoir affûté ses couteaux, ça fait toujours trembler d'attendre la première commande de la soirée. C'est le maître d'hôtel qui est arrivé, tout tremblotant, avec son petit papier à la main.

“Un... un... un couple d'ogres.”

La brigade a eu comme un mouvement de recul.

“Ils ont... une demande très spéciale. Je veux dire... pour des ogres.”

Je jetais un oeil à la dérobée aux autres cuistots en place. Aütrem, le saucier, qui faisait semblant de tromper son trac en astiquant ses louches et ses cuillères. Le second de cuisine, Ochtr, qui avait croisé ses deux paires de bras, solidement planté au sol. Il n'attendait qu'une seule chose pour bondir : l'annonce de la commande. Et le commis, Kutvhük, un farfadet d'à peine 700 ans, la fougue de la jeunesse et l'ardent désir d'en découdre avec cette cuisine.

Au milieu de cette équipe, ma pomme, déjà douze ans de métier. Personne ne prépare la viande comme moi et ça, le Maître d'Hôtel le sait très bien. C'est pour ça qu'il est venu me chercher. Améliorer la réputation des "Trois Dragons Ventrus" et apporter une “nouvelle patte” à l'établissement. J'suis arrivé avec mes recettes dans mes valoches.

“Alors on annonce : deux salades de krakens à la vénitienne, et... et... et une quiche aux herbes des montagnes du Krkukl à la sauce lave. Pour deux.”

Abasourdi.

“Pardon ? Pas de viande ? aucune viande ? Même pas un peu de cette mousse de foie d'enfant qu'on garde exprès pour les ogres de passage ?”

“Non, messieurs. Ces ogres, je vous l'ai dit, sont... spéciaux. Ils m'ont annoncé qu'il étaient devenus hum végétariens. Enfin. Qu'ils ne mangeaient plus d'enfants.”

Il n'en aura pas fallu plus pour que le Kutvhük saute vers la porte de la Réserve en demandant :

“Les ingrédients, chef ?”

Rugissements en cuisine.

“DEUX TENTACULES DE KRAKEN, DEUX POIGNÉES D'HERBES DES MONTAGNES KRKUKL, UN LITRE LE LAVE DU VOLCAN DE L'ENFER, QUATRE OEUFS DE SALAMANDRE, DE LA CRÈME DE VACHE SACRÉE DU PAYS DES GNOMES... ET QUE ÇA SAUTE !

Le pauvre petit commis est revenu de la Réserve dans un sale état... Mais avec les ingrédients, sans une faute. De bonnes brûlures dûes à la lave encore en fusion. Le combat avec le Kraken a été assez agité, apparemment. Mais en vie. Les commis avaient, dans cet établissement du moins, une espérance de vie juste supérieure à celle des serveurs. Il faut dire... Quand notre clientèle est insatisfaite de son menu, ça peut très mal se passer. Même en faisant passer l'addition avec un digestif, j'ai souvenir de quatre jeunes dragons qui avaient fini par faire rôtir le personnel en salle en guise de dessert.

C'était coton, ce soir. Des Ogres végétariens, quelle drôle d'idée. Je vérifiais d'abord que Krkukl n'avait pas laissé de goutte de son sang sur les tentacules de kraken. Le sang d'un farfadet, ça pourrait les rendre mabouls, les clients.

Le Maître saucier était déjà à pied d'oeuvre, faisant buller ses petites casseroles qui pétillaient dans un arc-en-ciel de fumées parfois un peu alarmantes. Je me saisissais d'une énorme massue et cognais sur les tentacules jusqu'à en avoir mal au bras. Découpe en petits morceaux, aussi fins que possible. Le second de cuisine ne ménageait pas sa peine également. Les oeufs de salamande, c'est pas à proprement parler des oeufs ordinaires : ça brûle, ça pique c'est acide au possible. Et c'était sans compter avec le fait qu'un des oeufs était occupé par un bébé salamandre. Cette saleté avait des dents bien pointues ; il a eu fort à faire pour la mettre en cage. Le poison de ces bestioles ? Un régal pour les sauces. À condition d'y rajouter une pointe de sel.

Au bout d'efforts surhumains, on a fini par envoyer les entrées et les plats. Je me souviens encore de la tête du jeune Krkukl devant la sauce à la lave. Pauvre petit gars, il pensait pas qu'on pouvait travailler une quiche avec un tel feu de l'enfer !

Le second Ochtr a glissé un oeil en salle, pour voir si les Ogres appréciaient son plat.

Le Maître d'Hôtel est rapidement revenu avec la commande des desserts.

“En dessert, un sorbet aux cactus (avec les piquants à part) et une compote de vers de terre à la vanille”

Ochtr a eu un sourire satisfait :

“Fastoche les enfants, Krkukl, je te charges de retirer les piquants sur le cactus. Aütrem, tu réduis les vers de terre, n'oublie pas les gousses de vanille, une à une, pas toutes en même temps. Hé, le Zombie !”

Ah, ça c'est pour moi.

“Quand tu auras fini de te récurer les moignons, si tu voulais bien aller chercher la glace dans la Réserve... Tu crains pas les brûlures du froid, c'est ça ? ALORS ON SE BOUGE EN CUISINE !

Et on était repartis... Un grand mouvement de casseroles, de couteaux et de cuillères. Pourvu que les Ogres soient satisfaits. Je débute à peine dans ce restaurant, je voudrais pas qu'ils cassent tout...

Ce petit texte est inspiré par Monster Chef, un petit jeu de rôles un poil burlesque dans lequel on incarne un cuisinier pour Monstres ou Créatures Étranges.


17/06/2013

Trente-neuf

17 jui 2013 - 18:59

Trente neuf.

14/06/2013

Un virage - Novapost

14 jui 2013 - 09:00

Aujourd'hui, c'est mon dernier jour chez DEV 1.0. J'y aurai passé 3 ans environ, au sein d'une équipe soudée, de qualité, et dans laquelle j'ai passé de très bon moments.

Du bon café, un patron plutôt en phase avec mes convictions, une certaine décontraction auprès de certains clients, des projets variés... Tout aurait pu continuer sur ces roulettes assez bien huilées.

Mais...

Mais il y a quelques semaines, j'ai été contacté par Novapost, parce qu'un poste de développeur web s'y ouvrait ; en Python et Django, sur une pile logicielle qui dépote, avec des challenges intéressants. Quant à l'équipe, je la connais (en totalité, il me semble) - ce sont des piliers de la communauté Django francophone.

Ça paraît attrayant, tout ça.

Entendons-nous bien, mon travail chez Dev 1.0 n'était pas le bagne ou la galère. Pour être juste, l'utilisation systématique ou même systémique du langage Java pour ses développements peut se comprendre ou s'entendre. Mais je me suis toujours senti mal à l'aise dans ce langage avec lequel je dois me battre pour arriver à mes fins. Souvent j'ai l'impression d'être en train de raccrocher les wagons, de mettre des rustines. Beaucoup de code, trop de code, trop de scories, pas assez de concision.

Pas "zen".

Je n'ai pas franchement de reproches à faire du point de vue technique. Après tout, un algorithme reste un algorithme. On peut faire autant de choses en Java qu'en Python ou en Ruby, même.

Mais Python me sied mieux. Je me sens "chez moi" quand je fais mes blagounettes du genre Neige FR. Un script ridiculement simple me permet de générer un site statique ; je n'ai qu'à me concentrer sur son contenu. Dès que j'ai besoin d'un bidule qui trifouille des machins, le code coule sous mes doigts et j'arrive rapidement à mes fins. Et après quelques itérations, je raffine, j'améliore, j'optimise. Au final, j'ai ce que je veux : vite fait, bien fait, et sans avoir honte du code que je produis.

C'est pour toutes ces raisons que j'ai accepté l'offre de Novapost. Être développeur, c'est à dire résoudre des problèmes, c'est une oeuvre noble. Le faire avec les outils qu'on aime, à la finition impeccable, c'est une chance.

Lundi prochain, jour de mes 39 ans, je commencerai d'écrire une nouvelle page de ma carrière.

Cette page, pour l'instant blanche, est enthousiasmante mais elle a un revers angoissant. Pour la première fois, j'aurai l'opportunité de télétravailler à 100% - quelques déplacements vers la Kâpitâle sont prévus, cependant. C'est un vrai challenge de mon point de vue ; même si d'aucuns me rassurent du mieux qu'ils peuvent en me disant que j'en fais une montagne.

Dès lors, je me documente, j'essaie de m'organiser. Nous possédons un petit meuble-bureau informatique, hélas enseveli sous un bordel sans nom. Ma première mission sera d'y aménager un espace de travail pour m'y concentrer. J'ai acheté un bon casque audio pour bien m'isoler si besoin (y'a un micro, c'est pour les conférences sous mumble).

J'ai également l'intention d'aller traîner mes guêtres dans l'espace de coworking de la technopôle Izarbel, histoire de ne pas devenir Crusoë sur son île, brasser des idées, rencontrer des télétravailleurs, échanger et partager. De même, mon collègue Benoît se trouvant à proximité, je suis certain qu'il y a de quoi se synergiser.

Je n'exclus pas de me faire quelques sessions sur ma terrasse, hein, en essayant de joindre l'utile à l'agréable.

Il me faudra aussi faire une petite réserve de café en grains. Un bon carburant ça sert toujours.

À lundi.


05/05/2013

Pollens

05 mai 2013 - 12:38

Je sors de la rame, je saute littéralement les marches de l'escalier quatre à quatre pour déboucher sur un océan de lumière blafarde, vaguement empoisonnée par les rares gaz d'échappement des rares voitures roulant sur le bitume.

En courant presque, je checke une dernière fois le Dernier Statut. Sept cent millions d'humains ont du soupirer d'aise en lisant comme moi : rien à signaler. C'est loin d'être rassurant, mais au moins ce n'est pas inquiétant.

Le laboratoire ne paie pas de mine, de l'extérieur, du moins. Je slide en douceur vers le comptoir d'accueil, tendant le précieux sésame imprimé quelques heures plus tôt : un e-mail du Professeur Andreven m'autorisant à une entrevue avec lui. La secrétaire lit le papelard en mâchonnant son stylo à bille sans la moindre élégance. Elle me regarde ensuite par-dessus ses lunettes. J'ai l'air essoufflée, débraillée, en proie à une panique cosmique. Le Professeur Andreven ne donne jamais d'entrevue, il ne parle jamais à aucun journaliste. C'est tout juste s'il participe à une poignée de conférences dans l'année, en catimini et la plupart du temps via une webcam. L'email est pourtant authentique. Elle ne s'attendait peut-être pas à ce qu'une journaliste débarque à 5h30 du matin.

La secrétaire me fait mollement "gnièmétage" en me rendant le papier. Je reprends ma course dans les dédales d'escaliers et je stoppe brutalement devant la porte où seule une petite plaque en carton indique : "Jean-Bernard Andreven - Nanotechnologies". Je reprends brièvement mon souffle, je tente un recoiffage aussi imprécis qu'inutile en m'aidant de mon reflet dans la poignée de porte et je cogne trois coups brefs.

Silence.

Pas question d'attendre. J'entre.

Andreven est face à la fenêtre, dos à la porte. Tout autour de lui gravitent des multitudes de minuscules points noirs : ses créations, vraisemblablement. Je remarque en un clin d'oeil qu'un des nombreux écrans du labo est pointé sur la Dernière Webcam.

Quelques micro-robots viennent à ma rencontre en voletant nerveusement. Ça me fait flipper quelques secondes mais ils abandonnent rapidement. Je ne les intéresse pas.

"Professeur ?"

"Des années, des DÉCÉNNIES !"

"Euh... oui ?"

Il se retourne brutalement, pointant du doigt l'écran de la Dernière Webcam.

"Je leur ai dit. JE LEUR AVAIT DIT ! Mais leur vision étriquée, à court terme. Voilà où on en est, voyez ! voyez !"

Il tremble.

"Je... euh... Flore Prazier, journaliste scientifique, vous vous souvenez peut-être que..."

Il m'interrompt d'un revers de main, se dirige vers un des postes de travail qui ronronnait là. Deux clics et les insectes miniatures regagnent tous leur abri : une boîte en plastique transparent vaguement en forme de ruche, dans laquelle tout ce petit monde s'aligne en rang d'oignon. Je remarque alors que le bourdonnement a cessé, je ne m'étais même pas rendu compte à quel point ces machins volants étaient bruyants.

Il m'indique une chaise, s'assied en face de moi. Il plonge son regard dans le mien, longuement.

"Vous enregistrez ?"

"Dès que vous serez prêt."

"Je le suis. L'êtes-vous ? Êtes-vous prête à entendre le glas ?"

Je frissonne. Et j'appuie sur le petit bitoniau rouge. Il prend une grande inspiration et se lance.

"Je suis Jean-Bernard Andreven, et j'ai conçu la seule chose qui pourra sauver l'Humanité. J'imagine que vous êtes tous au courant. La Dernière Ruche de notre planète est moribonde. Les pesticides, les pluies acides, les prédateurs de tous genres ont quasiment démoli les meilleurs pollinnisateurs de la nature. Des collègues chercheurs en biotechnologies ont bien essayé d'élever des espèces génétiquement programmées pour résister aux attaques, en vain. Leurs tentatives sont vouées à l'échec. Lorsque la Reine de cette Dernière Ruche aura disparu, l'Humanité n'en aura plus pour longtemps. La pollinisation est la seule et unique assurance que la biodiversité perdure dans le monde végétal. Sans quoi nous serons soumis au diktat des firmes OGM, qui nous servent déjà des végétaux clonés indéfiniment. Quelles carences peut-on déclencher en ne se nourrissant que de la même fibre éternellement reproduite ? Nous savons tous que c'est une longue marche vers un problème de santé publique majeur. Et nous savons également qu'avec la disparition de l'agriculture pollenisée, les prix, qui ont déjà atteint des records de hauteur vont exploser. Qui pourra se payer les derniers raffinements OGM ? Toujours les mêmes. Vous le savez, aussi bien que moi, la moitié de la population est déjà menacée ; il y aura des morts de faim, il y aura des révoltes, des révolutions, des conflits. Le chaos."

Le professeur fait une courte pause. Il fait un bref aller-retour vers un clavier, tape deux commandes et un nanorobot vient se poser sur sa main.

"C'est pourquoi j'ai conçu ceci. C'est une abeille. Ou plutôt, un robot qui a toutes les fonctions de l'abeille, sans ses vulnérabilités naturelles. C'est le prix de 10 ans de recherche en nanotechnologies, des milliers d'heures de travail, et les derniers prototypes nous ont donné entière satisfaction. Ces nanoBees sont dotées d'appendices capables de polliniser n'importe quelle fleur, plante, arbre fruitier. Elles tirent leur énergie du soleil, pour partie, mais sont capables de se recharger dans leur Ruche. Oui, nous avons également conçu des Ruches permettant de stocker les nanoBees pour qu'elles se rechargent." Je fais un petit panoramique pour montrer la Ruche.

"Les nanoBees nécessitant une recharge entrent ici, et sortent par là. De sorte que ce sont toujours les robots les mieux chargés qui seront les premiers à entrer en fonction. Ces nanoBees n'ont pas de Reine. Elles travaillent sans relâche, jusqu'à leur dernier microwatt. Elles ne produisent pas de miel, certes, mais elles sont invulnérables aux pesticides et aux produits de l'industrie. Elles ne piquent ou n'agressent pas l'Homme, il n'a aucune raison de les pourchasser ou les piéger. Elles ne servent qu'une seule cause : la reproduction des espèces végétales. C'est l'avenir de l'Humanité qui est en jeu. Nous arrivons à produire des nanoBees au rythme de une par jour. Mais pour sauver... pour nous sauver tous, il nous faut accélérer cette production, un milliard de fois plus. Nous avons besoin de ces Ruches, nous avons besoin de ces nanoBees..."

Tout en me parlant, tout en s'adressant directement à ma caméra, il tremble.

"Nous poursuivons nos recherches. Nous sommes même en bonne voie pour disposer de nanoBees capables de se réparer entre elles, en cas de panne ou de détérioration. L'espoir. L'ESPOIR de notre peuple est entre nos mains. Nous n'avons plus le choix : il faut que vous nous aidiez, à présent. Les plans de ces nanoBees sont désormais disponibles, déposés dans le domaine public. Quiconque veut en fabriquer, de une à cent milliards peut le faire. Nous n'avons plus le temps de faire du profit. Nous n'avons plus le temps de profiter. Nos jours sont comptés. Faites vite."

J'attends deux minutes avant de couper l'image et le son. Je suis émue. Je comprends vraiment pourquoi Andreven a décidé de nous parler. Je me lève pour le saluer, je tends le bras, mais Andreven ne fait pas un geste pour me rendre ma poignée de main. Il reste hypnotisé par sa nanoBee, au creux de sa main.

Je lui fais : "Le reportage sera diffusé en boucle, je vous le promets"


"Qu'en pensez-vous, Zerteen ?"

"J'en pense que nous avons un adversaire enfin à notre taille, Monsieur."

"Hum. Ce type, là, ce Professeur Andreven, balance au monde entier une solution parfaite pour nous éliminer du jeu et vous raisonnez comme si nous n'avions affaire qu'à un léger contretemps..."

"C'est un léger contretemps, Monsieur, ni plus ni moins."

"Comment donc ?"

"Ces nanoBees sont peut-être insensibles aux pesticides, mais elles ne sont pas invulnérables, ni indestructibles. Un robot, ça tombe en panne. Les champs magnétiques, l'électricité, l'humidité... toutes les armures ont leur point faible, Monsieur. D'autant que... les plans sont publics, Monsieur, il nous sera facile de repérer une faille et de l'exploiter."

"Merci, Zerteen, merci pour votre clairvoyance... D'un seul coup, mon verre de vin a meilleur goût."


Un garage, un sous-sol, rempli d'écrans plus ou moins en état de marche.

Deux ados, plongés dans les plans des nanoBees v1.0.0.

L'un d'eux pointe du doigt un circuit, et remonte doucement vers une dérivation. L'autre hoche la tête.

"Il faut améliorer ça."

L'autre fait :

"On peut améliorer ça".

Le premier dit :

"Et il faudra envoyer le patch."


25/04/2013

Ubik

25 avr 2013 - 22:01

Comment ai-je pu passer à côté de ce roman aussi longtemps ? J'ai lu des palanquées de romans SF, d'anticipation, de cyberpunk, de romans noirs, de polars. Philip K. Dick, dans Ubik, fait la synthèse de tout ce petit monde, dans un mouchoir de poche, dans un jeu ardent qui jongle avec la paranoïa, le suspense, le fantastique, la confusion, le désespoir, mais aussi l'humour (noir).

K. Dick retourne le lecteur comme une crêpe ; une fois, deux fois, trois fois. Au bout d'un moment, celui-ci se dit : non mais c'est bon, j'ai pigé.

Et paf, K. Dick lui en remet une couche, histoire de donner au prétentieux une bonne leçon. C'est l'auteur le maître de l'intrigue. Inutile de lutter.

Ubik, c'est Blade Runner (normal). Joe Chip est détective à la hard-boiled. Incapable de subvenir à ses besoins (tout est payant, même l'ouverture de la porte de son appart - on se demande bien comment quelqu'un de fauché peut gagner de l'argent s'il ne peut ni entrer ni sortir sans petite monnaie).

Puis ça bascule : Joe Chip est un petit génie, un chef de bande. Ubik, c'est les 7 Mercenaires. Une troupe de "psis" part en mission.

Ubik devient ensuite quantique : les protagonistes sont à la fois morts et vivants, plongés dans un univers parallèle pour lequel l'espace n'a plus d'importance : ce n'est que le temps qui compte.

Ubik, c'est la schizophrénie de l'auteur, du lecteur, des personnages. Tout ça à la fois. Alternativement. Avant, après.

Lis Ubik.

Lire cet article vous aura coûté 25 centimes d'EUR. Nous n'acceptons pas les pièces frappées à l'effigie de Harpo Marx.


26/03/2013

La Cité des Jarres

26 mar 2013 - 22:01

J'ai dû lire le livre il y a 4 ou 5 ans, alors qu'Arnaldur Indriðason et son enquêteur Erlendur étaient assez méconnus dans le paysage polar français. Autant le dire de suite : si j'ai acheté ce polar, à l'origine, c'est uniquement parce que son auteur était Islandais (oui, je peux te le dire, si tu ne le sais pas déjà, l'Islande et moi vivons une histoire d'amour à distance depuis une vingtaine d'années).

Autant le dire, une fois qu'on a lu la Cité des Jarres, on n'a qu'une envie : enchaîner sur les autres. La Femme en Vert et surtout, mon grand préféré, La Voix, ont fini ma conversion. Oh, après, bien sûr, Erlendur est un peu plus devenu à la mode, et le polar Islandais a vécu un nouvel essor (Arni Thorarinsson est un cas tout à fait remarquable et les aventures de son journaliste Einar offrent un éclairage absolument indispensable si on veut essayer de comprendre l'Islande moderne). Même si le lectorat français a découvert un peu tard l'existence de la littérature nordique (sans casque à cornes), je ne boude pas mon plaisir. L'Indriðason de l'année est un crû à déguster. Bien frais.

Reste le film. Je n'avais pas eu la chance de le voir à sa sortie en salle. Arte m'a permis de le voir, en différé, enregistré sur ma Freebox. Et, chance supplémentaire, j'ai pu le voir en version originale sous-titrée. Bon, c'est pas pour me vanter, mais j'ai quasiment rien compris des dialogues (à part quelques mots racine que j'ai pu glaner ici ou là). Ce que je voulais, c'était le son de leurs voix. Entendre vraiment l'acteur, son visage, son physique, le son pris dans le vent et le froid de Thulé, pas celui d'un acteur bien au chaud dans un studio de doublage.

Le film est rondement mené. Il alterne très bien les moments-clé de l'enquête avec ceux, plus banals de la vie de ce commissaire un peu usé par les ans, malmené par les frasques de sa fille et qui se mange sa tête de mouton, acheté dans un "drive", tout seul assis sur son canapé, en fumant sa clope (on sent presque l'odeur âcre du tabac dans ces moment-là). Les personnages sont incarnés avec une grande justesse.

Y'a quand même deux petites choses. En tant que lecteur, bien sûr, je m'étais fait une image mentale des divers protagonistes : certains acteurs ne leur ressemblent pas du tout. Je voyais Elinborg plus fluette, et Erlendur moins sec et moins grand. Sigurdur Oli est à peu près conforme à l'idée que je m'en faisais. Quant à l'actrice qui joue Eva Lind, elle a un physique beaucoup trop lisse et pas assez dévasté par la drogue qui la ronge à mon goût. Mais il faut dire qu'à ce niveau du cycle d'Erlendur, elle n'a pas encore touché le fond.

Il y a beaucoup plus "grave" : il manque une dimension essentielle au personnage d'Erlendur, qui est fondamentale et qui ne peut pas être passée sous silence. La perte de son frère. Erlendur a perdu, enfant, dans le blizzard, le frère qui lui tenait la main. Pratiquement avalé par la terre, sa disparition reste une mort sans corps. Cette blessure est l'élément crucial dans la construction du personnage d'Erlendur. Tout ce qu'il fait, l'acharnement avec lequel il fouisse dans les tréfonds de ces crimes souvent malsains, la fascination qui le brûle quand se présente une affaire de disparition, tout ce qui fait Erlendur est lié à ce deuil.

Reste que le film est très regardable. Et qu'il donne encore plus envie d'aller à la recherche de la littérature noire Islandaise. En attendant d'avoir l'occasion de fouler du pied la poussière des volcans.